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[Exclusif.]
UN TUEUR EN SÉRIE
SOUS LES TROPIQUES ?
7 février 2003. Onze heures du matin, heure locale. À Papan, petit village situé dans le sultanat de Johore, sur la côte sud-est de la Malaisie, c’est une journée comme les autres. Touristes, commerçants, marins se croisent sur la route qui borde la grande plage de sable gris. Soudain, des cris s’élèvent. Des pêcheurs s’agitent sous les palmiers. Certains d’entre eux sont armés : bâtons, harpons, couteaux…
Ils prennent le sentier situé au bout de la plage et montent, à flanc de coteau, dans la forêt. Leurs yeux expriment la haine. Leurs visages suintent la violence, la soif de tuer. Bientôt, ils atteignent une nouvelle colline, où la jungle traditionnelle cède la place à une forêt de bambous. À cet instant, ils s’efforcent au calme, marchent en silence. Ils viennent de repérer ce qu’ils cherchent : le toit camouflé d’une cabane. Ils s’approchent. La porte est fermée. Sans hésiter, ils plantent leurs harpons dans la paroi et l’arrachent.
Ce qu’ils découvrent s’apparente à l’enfer. Un homme, un mat salleh (un Blanc), torse nu, est recroquevillé près du seuil, en transe. Au fond de la hutte, une femme est attachée sur un siège. Son corps n’est plus qu’une plaie ruisselante. L’arme du crime repose à ses pieds : un couteau de plongée sous-marine.
Les pêcheurs se saisissent du coupable et l’entraînent vers la plage. Ils ont déjà préparé une potence. C’est alors que, nouveau coup de théâtre, les policiers de Mersing, ville située à dix kilomètres au nord de Papan, interviennent. Prévenus par des témoins, ils arrivent juste à temps pour éviter le lynchage. L’homme est sauvé et incarcéré au poste central de Mersing.
Telle est la scène stupéfiante qui s’est déroulée voici trois jours, non loin de la frontière de Singapour. En vérité, elle est moins étonnante qu’il n’y paraît. Les cas d’exécutions sommaires sont encore fréquents en Asie du Sud-Est. Mais cette fois, le suspect est inattendu. Il est français. Il s’appelle Jacques Reverdi et n’est pas un inconnu. Ancien sportif de renommée internationale, il a battu plusieurs fois le record mondial d’apnée en « no limits » et en « poids constant », de 1977 à 1984.
Ayant abandonné la compétition au milieu des années quatre-vingt, l’homme vivait depuis plus de quinze ans en Asie du Sud-Est. Professeur de plongée, âgé aujourd’hui de quarante-neuf ans, il rayonnait entre la Malaisie, la Thaïlande et le Cambodge. D’après les premiers témoignages, c’était un homme souriant, convivial, mais aussi solitaire, qui aimait vivre à la Robinson Crusoé, dans des criques reculées du littoral. Que s’est-il passé le 7 février 2003 ? Comment le cadavre d’une jeune femme a-t-il pu se retrouver dans la cabane qu’il habitait depuis plusieurs mois ? Et pourquoi les pêcheurs malais ont-ils aussitôt voulu rendre justice eux-mêmes ?
Jacques Reverdi avait déjà été arrêté, en 1997, au Cambodge, pour le meurtre d’une jeune touriste allemande, Linda Kreutz. Faute de preuves, il avait été libéré. Mais l’affaire, en Asie du Sud-Est, avait fait grand bruit. À Papan, lorsqu’il s’était installé, tout le monde l’avait reconnu. Et chacun le gardait à l’œil. Quand on l’a vu accueillir dans sa cabane une Danoise, du nom de Pernille Mosensen, l’appréhension, la peur sont montées d’un cran. Depuis plusieurs jours, on ne voyait plus la jeune Européenne au village. Il n’en fallait pas plus pour que les soupçons surgissent et que les consciences s’échauffent…
D’après les premiers communiqués, les médecins du General Hospital de Johor Bahru ont relevé vingt-sept blessures par « arme blanche perforante et tranchante » sur le corps de Pernille Mosensen. Des plaies situées le long des membres, au visage, à la gorge, sur les flancs – et dans la région génitale. Un « acharnement pathologique », ont précisé les experts, lors d’une conférence de presse le 9 février.
En Malaisie, les journaux évoquent déjà l’« amok », cette folie meurtrière, d’essence magique, qui s’empare des hommes dans ces régions.
Après une nuit à Mersing, Reverdi a été transféré à l’hôpital psychiatrique d’Ipoh, l’institut spécialisé le plus célèbre de Malaisie. Depuis son arrestation, il n’a pas dit un mot. Il est, semble-t-il, en état de choc. Selon les médecins, cette hébétude post-traumatique ne devrait pas durer. Passera-t-il aux aveux lorsqu’il retrouvera ses esprits ? Ou cherchera-t-il au contraire à se disculper ?
Nous nous sommes promis, à la rédaction du Limier, de faire la lumière sur ce cas. Dès le lendemain de son arrestation, notre équipe s’est rendue à Kuala Lumpur, sur les traces de Jacques Reverdi. Nous voulons suivre son itinéraire et vérifier s’il n’y a pas eu d’autres disparitions dans son sillage…
À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous disposons de sources exclusives, qui laissent entendre que les révélations ne font que commencer. Dès notre prochain numéro, vous en saurez beaucoup plus sur la face cachée de ce maléfique « prince des marées ».
Marc Dupeyrat,
Envoyé spécial du Limier,
à Kuala Lumpur.